Le Projet régional d’accès à l’électricité hors réseau (ROGEAP) a été conçu pour s’attaquer à un problème massif : sur les 406 millions d’habitants d’Afrique de l’Ouest et du Sahel, environ 208 millions n’ont pas accès à l’électricité, dont 70 % en zone rurale. Porté conjointement par la Commission de la CEDEAO, le Centre pour les énergies renouvelables et l’efficacité énergétique de la CEDEAO (ECREEE) et la Banque Ouest Africaine de Développement (BOAD), avec un financement de 333,7 millions de dollars de la Banque mondiale, du Fonds pour les technologies propres (CTF) et de la coopération néerlandaise (DGIS), le projet couvre 19 pays : les 12 membres de la CEDEAO plus le Burkina Faso, le Cameroun, Le Mali, la Mauritanie, le Niger et la République Centrafricaine, le Tchad
Approuvé en avril 2019, le projet a mis du temps à démarrer réellement : ses activités de terrain n’ont commencé qu’en 2022, et son lancement régional officiel n’a eu lieu qu’en octobre 2023, à Praia (Cabo Verde). Sa clôture est prévue pour le 30 juin 2026.
Ce qui a été concrètement fait sur le terrain
La mise en place progressive, pays par pays
Plutôt qu’un déploiement simultané, le ROGEAP a avancé par vagues de lancements nationaux :
- Août 2022 : premiers lancements officiels en Gambie (Banjul) et en Côte d’Ivoire (Abidjan), suivis la même année par le Bénin, le Nigeria, le Togo et le Sénégal.
- 2023 : extension à de nouveaux pays — Mali, Liberia, Mauritanie, Burkina Faso, Guinée — puis élargissement vers l’Afrique centrale avec un lancement national au Cameroun en août 2023.
- Décembre 2023 : atelier national au Cabo Verde.
- 2025 : les derniers pays du dispositif, comme la Guinée-Bissau, ont reçu l’appui de la CEDEAO pour l’élaboration de leur politique énergétique nationale.
L’adoption de normes techniques régionales
L’une des réalisations les plus tangibles du projet est d’ordre réglementaire : en juillet 2023, le Conseil des ministres de la CEDEAO a adopté une norme régionale harmonisée de qualité pour les kits solaires autonomes (norme ECOSTAND, alignée sur les référentiels internationaux IEC pour les systèmes jusqu’à 350 Wc). Cette norme a ensuite été diffusée pays par pays à travers une série d’ateliers nationaux de vulgarisation, organisés entre 2023 et 2025 — par exemple à Bangui (Centrafrique) en septembre 2025 et à Bissau (Guinée-Bissau) en octobre 2025.
En parallèle, un travail est en cours pour harmoniser les codes douaniers et faire adopter un tarif extérieur commun applicable aux produits solaires photovoltaïques hors réseau, afin de réduire les distorsions de prix entre pays.
Le volet financier : des débuts modestes mais réels
Le deuxième grand axe du projet — l’accès au financement pour les entreprises du solaire à travers une ligne de crédit logée à la BOAD — a progressé plus lentement. À fin 2023, cinq institutions financières avaient été effectivement engagées dans le dispositif :
- COFINA et Mansa Bank en Côte d’Ivoire
- Kafo Jiginew et la BNDA au Mali
- BIIC au Bénin
Sur les 140 millions de dollars prévus pour cette ligne de crédit, environ 39 millions avaient été décaissés à cette date. En 2025, l’effort s’est poursuivi avec des actions de renforcement de capacités auprès des banques togolaises (novembre 2025), destinées à leur permettre de mieux utiliser ce mécanisme de refinancement.
La formation des entrepreneurs et des PME du solaire
Le projet a mis en place un dispositif structuré d’appui aux petites entreprises du secteur solaire hors réseau :
- Mars 2025, Abuja (Nigeria) : en partenariat avec Ecobank Nigeria et avec l’appui de la Banque mondiale, plus de 50 entrepreneurs ont été formés lors d’un atelier de renforcement de capacités.
- Programme ROGEAP ASPIRE (lancé en octobre 2025) : dispositif de certification permettant à des techniciens de devenir installateurs solaires certifiés au niveau régional.
- Un concours régional de plans d’affaires a été organisé pour soutenir financièrement les PME les plus innovantes du secteur, avec des subventions sans condition de remboursement.
- Un document de suivi de la Banque mondiale évoque plus de 500 entreprises formées au total dans le cadre du volet entrepreneuriat, sans détailler la répartition pays par pay
L’électrification pilote des infrastructures publiques
Le projet comprend un volet pilote consacré à l’électrification d’écoles et de centres de santé dans deux pays choisis : le Bénin et le Nigeria. Concrètement :
- Des évaluations de sites et la rédaction de contrats de service énergétique ont été réalisées pour ces deux pays pilotes.
- Un appel d’offres lancé en mai 2026 par l’Agence Nigériane d’Électrification Rurale porte sur l’installation de systèmes solaires pour 25 centres de santé primaires et 7 écoles publiques, répartis dans l’État du Niger (Nigeria), le Territoire de la capitale fédérale (Abuja) et l’État de Nasarawa.
- En février 2026, la CEDEAO a formalisé un partenariat avec cette même agence pour renforcer l’accès à l’énergie hors réseau dans l’État du Niger.
Cela reflète la nature même du projet : il s’agit avant tout d’un projet de construction de marché (normes, financement, formation), dont les effets sur l’électrification réelle des populations se mesurent avec un décalage dans le temps par rapport aux activités préparatoires. La clôture prévue du projet, fin juin 2026, devrait donner lieu à un rapport d’achèvement qui permettra, enfin, de chiffrer précisément l’impact final.